jeudi 24 avril 2008

Suisse: Credit Suisse - UBS: deux façons de faire des pertes


Les chiffres rouges et les nouvelles dépréciations d'actifs annoncées jeudi font de Credit Suisse une des banques européennes les plus touchées par la crise du crédit jusqu'ici. Loin derrière UBS toutefois. L'avis de deux spécialistes de la branche.
Cette perte pour Credit Suisse est-elle une surprise?
S'il la juge «très regrettable», Alain Bichsel n'est pas surpris. L'évolution des marchés, en mars surtout, la laissait prévoir, estime le porte-parole de la Commission fédérale des banques (CFB), autorité de surveillance officielle en Suisse.
Analyste financier chez Bordier, Michel Juvet n'est pas plus surpris. Depuis quelques semaines, les informations laissaient supposer cette perte. Certaines estimations circulant dans le marché allaient même bien au-delà.
Quelles explications à ces mauvais chiffres?
Comme UBS, Credit Suisse a procédé à des amortissements sur les produits à risque CDO (instruments financiers liés à des crédits hypothécaires commerciaux), indique Michel Juvet.
Autre domaine, qui touche plus UBS que Credit Suisse: les prêts hypothécaires commerciaux. Une petite partie de la perte est due aussi aux opérations de financement à levier d'entreprises.
La banque conserve toutefois une «très bonne capitalisation» (9,8% de ratio de fonds propres de base T1) et dépasse les obligations légales. Elle est très solide aussi sur le plan de la liquidité, indique Alain Bichsel. Conséquence: ces mauvais résultats ne modifient pas l'appréciation générale de la Commission fédérale des banques à son propos.
Inquiet pour l'avenir de la banque?
«Non», assure tout net Alain Bichsel. L'inquiétude était justifiée à l'égard d'UBS – en termes de stabilité et de fonctionnement - mais pas de Credit Suisse, confirme Michel Juvet.
Cette banque est nettement moins endetté que ne l'a été UBS. Son exposition aux produits à risque pur est nettement inférieure aussi. Par contre, on peut craindre encore de nouveaux amortissements, estime Michel Juvet.
Qu'on fait de différent Credit Suisse et UBS?
Trop tôt pour le dire, assure Alain Bichsel. Seule certitude: Credit Suisse était nettement moins exposé dans les affaires «subprime».
Première grosse différence, selon Michel Juvet: UBS s'est beaucoup plus endettée pour aller investir dans des produits à risque. Ensuite, les types d'investissement et la prise de risque ont été différents. UBS s'est presque exclusivement concentrée sur ce qu'il y avait de plus risqué et de plus artificiel (les CDO). Credit Suisse s'est fortement investi dans des opérations économiques traditionnelles de financement d'entreprises et de fusions-acquisitions.
Autant UBS est touchée en raison de l'effondrement des produits titrisés liés à l'immobilier [produits spéculatifs], autant Credit Suisse l'est à cause du ralentissement économique et du fonctionnement du crédit, qui freine toutes les opérations de financement. Credit Suisse subit la conséquence des dégâts causés par UBS, résume Michel Juvet.
Pourquoi UBS recapitalise-t-elle et pas Credit Suisse?
Cela tient à la stratégie propre à chaque banque, estime Alain Bichsel. UBS a toujours dit, en tant que banque internationale de gestion de fortune, vouloir un haut niveau de fonds propres. Une question d'image.
La dimension des pertes des deux grandes banques n'est pas comparable, complète Michel Juvet. Et UBS a encore 30 milliards investis dans des titres à grande volatilité et à très grand risque. Nettement plus que Credit Suisse. Elle a donc besoin de consolider son niveau de fonds propres pour couvrir de nouvelles pertes éventuelles.
Pourquoi cette idée de sortir la banque d'investissement chez UBS mais pas chez Credit Suisse?
«Mystère!», pouffent les deux spécialistes...
La banque d'investissement de Credit Suisse a fonctionné de manière traditionnelle. Celle d'UBS comme un Fond spéculatif («Hedge Fund»), estime Michel Juvet. Mais le vrai problème, c'est le niveau de risque pris par cette unité.
Or, UBS a réduit ce niveau de risque. Michel Juvet est donc d'avis qu'il faut conserver la banque d'investissement pour la remettre sur pied. Quitte ensuite à la vendre, lorsqu'elle aura retrouvé une certaine valeur.
L'important sur la base de cette crise, estime Alain Bichsel, c'est d'apporter des retouches au système de régulation de la branche. Pour le représentant de la CFB, séparer les diverses activités ne permettra de toute manière jamais de réguler tous les risques.
Les attentes pour le secteur bancaire?
L'agenda des grandes banques internationales est clair, selon Michel Juvet: amortir, provisionner, recapitaliser. Ces trois éléments resteront à l'ordre du jour des trois prochains mois. Après ce délai, la grande partie des amortissements sera probablement derrière.

swissinfo, Pierre-François Besson

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